SCHÜTZ (H.)


SCHÜTZ (H.)
SCHÜTZ (H.)

Heinrich Schütz, «père de la musique allemande», premier grand musicien protestant, vécut jusqu’à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Sa vie mouvementée a été jalonnée par de nombreux déplacements: voyages d’étude en Italie, séjours à Copenhague pendant les affres et les désastres de l’interminable guerre de Trente Ans (1618-1648). Il fut maître de chapelle à la cour de Saxe (Hofkapellmeister ) et non pas cantor rattaché à une église et à une école, comme Jean-Sébastien Bach. Son œuvre se situe dans le prolongement de la Réforme et dans le sillage de l’humanisme, tout en appartenant déjà à la civilisation baroque. Schütz a composé sa vie durant, en exploitant tous les moyens mis à sa disposition. Son œuvre, dont plus d’un tiers semble perdu, est essentiellement religieuse; elle repose sur des textes bibliques et des hymnes en latin et en allemand, et sur des paraphrases de Martin Luther, entre autres. Le premier des «trois S» de la musique allemande – à côté de Johann Hermann Schein (né en 1586) et de Samuel Scheidt (né en 1587) – se situe à mi-chemin entre tradition et modernité; il est à la fois un homme du XVIe siècle et une figure très marquante du XVIIe siècle; il a été qualifié, à juste titre, de sui saeculi musicus excellentissimus .

Une longue vie au service de la musique

De Köstritz à Venise et Kassel (1585-1613)

Heinrich Schütz (Henricus Sagittarius, de son nom latinisé) naît le 14 octobre 1585 (selon Otto Brodde) à Köstritz, près de Gera (entre la Thuringe et la Saxe). En 1591, la famille s’installe à Weissenfels, où son père possède une auberge à l’enseigne «Zum Schützen ». Il apprend les premiers éléments de musique auprès du cantor Georg Weber et de l’organiste Heinrich Colander; il devient rapidement soliste du chœur de garçons. En 1598, le landgrave Maurice de Hesse est frappé par sa belle voix et lui propose d’assurer son instruction à Kassel. Il suit des cours de musique, de mathématiques, de théologie, de grec, de latin et de français au Collegium Mauritianum; il est aussi chanteur et instrumentiste et participe aux festivités de la cour; il bénéficie d’une excellente éducation humaniste. En 1608, il entreprend des études de droit à Marbourg. L’année suivante, son protecteur lui accorde une bourse de séjour à Venise, où Giovanni Gabrieli lui enseigne, dès 1609, le contrepoint vocal et instrumental. Il est tenté par la musique profane et par le madrigal. Son opus 1, Il Primo Libro di Madrigali , paru en 1611, est déjà un chef-d’œuvre. En 1613, il revient à Weissenfels, puis reprend ses études de droit à Leipzig, où il rencontre Johann Hermann Schein, cantor de Saint-Thomas. Il accepte le poste de second organiste à Kassel et il est également chargé de l’éducation des enfants du landgrave. Il voyage et se produit à la cour du prince électeur de Saxe qui l’engage à Dresde, en 1614, comme maître de chapelle.

Dresde et Venise (1613-1628)

À trente-deux ans, Schütz est à la tête de la plus importante chapelle luthérienne d’Allemagne. En 1619, il s’est déjà affirmé avec ses Psalmen Davids . La guerre s’est déclarée en 1618. Il se marie, compose en 1623 son Auferstehungshistorie , suivie, en 1625, de ses Cantiones sacrae et, en 1627, de la tragi-comédie Dafne sur le texte de Martin Opitz, d’après la version d’Ottavio Rinuccini. En 1628-1629, il séjourne pour la seconde fois à Venise, où l’atmosphère s’est modifiée; la tragédie lyrique – dans le sillage de Monteverdi – est à l’honneur. Il y poursuit ses recherches, qui se concrétisent dans les Symphoniae sacrae I (1629).

Les voyages à Dresde et au Danemark (1630-1672)

Schütz retourne à Dresde en 1630. Malgré les rivalités et les difficultés dues à la guerre, il s’efforce d’y maintenir une vie musicale. En 1633, il sollicite un congé et se rend au Danemark, qui avait retrouvé la paix. Dans l’entourage de Christian IV, il compose des œuvres de circonstance pour les noces du prince Christian IV avec Magdalena Sibylla de Saxe, la dernière fille de Johann Georg. En 1635, il rentre à Dresde et écrit ses Musikalische Exequien , «concert en forme de messe allemande» pour les obsèques du prince Heinrich Posthumus von Reuss, édités en 1636, la même année que ses Kleine geistliche Konzerte I (la seconde partie de ces Petits Concerts spirituels paraîtra en 1639). Il effectue son deuxième séjour au Danemark en 1637, revient en Allemagne en 1639; malade, il réside à Weissenfels. Lors de son troisième voyage à Copenhague, il occupe le poste de directeur général de la musique auprès de Christian IV. En 1646 et 1647, il entreprend de brefs voyages; le traité de Westphalie est signé en 1648. Les conditions de travail s’améliorent; la même année, il écrit sa Geistliche Chormusik ; en 1650, il publie la troisième partie des Symphoniae sacrae . Âgé, il se retire à Weissenfels; sa santé laisse à désirer; il s’adonne à la composition d’œuvres mystiques et liturgiques: les Zwölf geistliche Gesänge , la Weihnachtshistorie , et les Passions selon saint Luc, saint Matthieu et saint Jean; puis, en 1671, il compose son Opus ultimum , le Deutsches Magnificat , à huit voix, le Psaume 119 (publié en 1984 dans le vol. XXXIX de la Neue Ausgabe sämtlicher Werke ) et le Psaume 100 . Il meurt le 6 novembre 1672, et est enterré sous le porche de l’ancienne Frauenkirche.

Une œuvre considérable

Au cours de sa longue existence, Heinrich Schütz n’a cessé de composer, comme il ressort de la chronologie sommaire de ses œuvres (cf. tableau). En 1989, 494 numéros d’opus nous étaient parvenus (la dernière restitution remonte à 1985, année du quatrième centenaire de sa naissance). Il a abordé de nombreux genres; la musique profane est représentée par ses madrigaux italiens et l’opéra Dafne (seul le livret est conservé, sans la musique). Dans le cadre de la musique religieuse – mis à part le Beckersche Psalter , opus 5, en style note contre note favorisant l’intelligibilité du texte, indispensable pour la musique fonctionnelle destinée au culte –, Sagittarius a exploité des formes très variées. Les psaumes à huit voix pour double chœur sont marqués par l’influence italienne. Le thème de la Passion, de la mort et de la résurrection du Christ est abordé dans son Auferstehungshistorie , dans Die sieben Worte et les trois Passions selon saint Luc, saint Matthieu et saint Jean. Schütz privilégie les sources bibliques pour ses textes allemands ou latins, qu’il traite en forme de motets dans sa Geistliche Chormusik , en forme de petits concerts spirituels dans ses Kleine geistliche Konzerte , qui sont des joyaux du genre malgré les moyens limités par la guerre, ou de Symphoniae sacrae , et dans ses Geistliche Gesänge . Ses attaches luthériennes sont aussi confirmées dans ses Musikalische Exequien .

Son œuvre apparaît comme une synthèse entre le XVIe et le XVIIe siècle, et le qualifie incontestablement de «chantre inspiré» ou, selon Friedrich Blume, d’«aristocrate de l’esprit».

Un rôle historique indéniable

Heinrich Schütz, personnalité très attachante, occupe une position capitale dans l’histoire de la musique allemande et européenne. Sa vie a été très active: il a beaucoup voyagé (Italie, Allemagne, Danemark); il a connu les vicissitudes de la guerre de Trente Ans ; il a été à la fois maître de chapelle, pédagogue, conseiller musical, compositeur; il a composé sur des textes italiens, allemands, latins et s’est intéressé à l’hymnologie protestante (luthérienne). Il représente un trait d’union entre les musiciens allemands, les compositeurs de la Réforme, de l’humanisme et de l’époque baroque.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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